AT THE HELM: FAIRE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE UNE NOUVELLE NORMALITÉ



Imogen Dinham-Price, responsable du développement durable de The Race Around, donne le coup d'envoi de notre série bimestrielle ‘At The Helm’ 2022, qui vous explique tout ce qui se passe au sein de l’organisation de la course.


De retour à Lorient, après être rentrée de Fort de France, en Martinique (ville d’arrivée de la Transat Jacques Vabre), à bord du Class40 Crosscall, Imogen est prête pour cette année qui s’annonce chargée ! En effet, elle dirigera au cours des 18 prochains mois la stratégie globale de développement durable de The Race Around.


En se concentrant cette année sur des domaines clés tels que la collaboration avec les villes hôtes, l'outil d'analyse de cycle de vie (ACV) de The Race Around et la manière dont la course abordera la question du développement durable au sein des différentes activités de l’organisation, Imogen analyse ici les actions mener pour organiser une course durable.


Voici le plan pour l'année à venir...


UNE NOUVELLE NORMALITÉ

Lorsque j'ai entendu parler de The Race Around et que j'ai évoqué la possibilité de rejoindre l’équipe organisatrice de la course, une chose m'a séduite par-dessus tout : le désir de rendre "normal" le sujet complexe du développement durable.

Mais qu'est-ce que cela signifie exactement ? Eh bien, je pense que la meilleure façon de le dire est que, pour nous, la véritable durabilité consiste à mettre en œuvre quelque chose qui vient du cœur. C'est un sujet que je vis, que je respire et dont je me soucie énormément. Je veux que le développement durable soit, au sein de The Race Around et de l’industrie de la voile en général, une normalité. Pas de fioritures, juste des actions concrètes.


Nous ne voulons surtout pas que notre organisation soit moralisatrice. Par exemple, nous ne voulons pas faire pression sur les parties prenantes pour qu’elles n’utilisent pas tel ou tel plastique. De plus, nous ne souhaitons pas que le développement durable soit un argument commercial pour attirer des sponsors et faire grandir notre notoriété. Finalement, ce domaine consiste pour nous simplement à prouver où nous sommes, où nous allons et comment nous le faisons. Il n'est pas question de signer des chartes ou du greenwashing. C’est juste la mise en application d’un concept.


Nous pensons que cette nouvelle normalité doit venir des courses et des personnes qui les organisent, c'est-à-dire nous ! C'est un point de vue que toute notre équipe partage et sur lequel nous sommes tous d’accord. En tant que responsable du développement durable, vous ne pouvez rien demander de plus que d'avoir le soutien des personnes avec lesquelles vous travaillez. Cela rend les choses tellement plus simples.


Mon rôle consiste essentiellement à définir l'ensemble de notre stratégie globale, dans tous les aspects de la course elle-même. Cela inclut la logistique, la façon dont les personnes se déplacent d’escale en escale autour du monde au cours de notre événement et bien d'autres sujets !


En bref, nous visons la neutralité carbone d’ici la fin de notre premier événement en 2024, puis nous nous tournerons vers un objectif de zéro émission nette pour l’édition de 2027. Le CO2 d'abord, toutes les autres émissions ensuite. Nous savons que c'est plausible.


Lorsque vous essayez d'être neutre en carbone, il y a toujours une idée de compensation car il y a des émissions que nous ne pouvons pas supprimer, comme par exemple les vols lorsque les équipes doivent se rendre dans des endroits éloignés, car c'est une nécessité opérationnelle. Nous ne disons pas que nous n’émettrons pas de carbone, mais effectuer de petits changements, comme augmenter d'une semaine la durée d’une escale, nous permettrait de réduire de moitié le nombre de conteneurs transportés à travers le monde, ce qui a un impact énorme sur une des activités les plus coûteuses en carbone d'une course de cette ampleur.


Je compte être présente à chaque étape car je veux rencontrer les populations locales et voir les projets que nous avons lancés. Je pense que c’est très important. Si nous voulons continuer à organiser des courses comme celle-ci et à les améliorer d’édition en édition, nous devons comprendre où nous allons et ce que nous faisons. Lorsque vous comprenez les problématiques de chaque partie prenante, il est possible d’améliorer les choses. Et cela est vrai dans tous les secteurs.


Les émissions que nous produirons seront compensées par des projets de carbone bleu* en lien avec l’océan et les villes hôtes de nos escales. De plus, nous injecterons des fonds pour le développement de matériaux alternatifs afin de stimuler le changement et limiter notre dépendance aux matériaux traditionnellement utilisés. C’est un projet très intéressant.

Voilà donc quelques-uns de nos objectifs pour l'événement et la manière dont nous allons traiter le sujet du développement durable. Il s'agit avant tout d'encourager les pratiques durables réelles, de créer des études de cas et d'encourager l'éducation multigénérationnelle. Ainsi, si l’équipe de The Race Around parle de développement durable, c’est qu’elle va le faire !


* Les écosystèmes de carbone bleu peuvent aider à réduire les impacts du changement climatique. les écosystèmes sains de carbone bleu stockent et séquestrent le carbone, contribuant ainsi à atténuer les changements climatiques, à soutenir la biodiversité et à fournir des services écosystémiques précieux aux communautés côtières.


PASSER DES MOTS À LA PRATIQUE EN 2022


Cette année, l'un de nos objectifs principaux de The Race Around est de commencer à travailler avec l’ensemble des villes étapes et des partenaires pour faire émerger notre plan de développement durable. En tant que nouvel événement, nous n'avons pas d'histoire à changer ni besoin de révolutionner les façons de faire. Nous partons d'une page blanche et c'est très excitant.

Notre souhait initial était de rassembler des villes et des partenaires qui ont à cœur le développement durable et nous avons eu beaucoup de chance d’avoir la main sur ce sujet et de pouvoir sélectionner des acteurs sur la même longueur d’onde que notre événement. Nous n'avons pas besoin de leur expliquer ce qu'est le développement durable donc nous pouvons déjà commencer à travailler ensemble et apprendre d’eux.


Notre ville d'accueil en France est confirmée, mais son identité reste encore secrète ! Ce que nous pouvons vous dire, c’est que cette ville est déjà très impliquée pour le développement durable et a même l'intention de devenir "net zéro" d'ici 2040. Ils sont très motivés et mettent beaucoup de choses en place pour devenir plus verte, être avant-gardiste de l'innovation durable et essayer d'avoir la plus faible émission de carbone possible.


La ville n’avance pas dans cette voie seule puisque le département et la région ont tous deux pour objectif de parvenir à un bilan carbone nul. Nous avons donc une ville hôte très engagée, qui a construit un port certifié, répondant à des normes considérées comme très propres et pouvant intégrer facilement la biodiversité.

Cette année, je vais également collaborer avec les villes d'Afrique du Sud, de Nouvelle-Zélande et d'Amérique du Sud (autres escales de The Race Around) car nous voulons que toutes les escales, voire même les villes hôtes, atteignent un certain niveau en matière de durabilité. Chacune a déjà commencé à mettre en place des actions et nous sommes fiers de faire partie de cela.


Un autre objectif que nous nous sommes fixé est d’être une course proche de ses équipes. Nous travaillons toujours main dans la main avec elles pour comprendre ce qu’ils attendent de la course afin de faire en sorte que cela se déroule comme ils le souhaitent. Nous devons donc tenir compte de toutes leurs considérations, de leurs réactions et de leurs opinions sur les pratiques durables que nous souhaitons mettre en place.


Nous avons essayé d'être précurseurs dans ce domaine. Par exemple, nous n’avons pas intégré la question du développement durable dans notre avis de course car nous pensons qu’il doit être, comme mentionné précédemment, la nouvelle normalité. Nous avons préféré intégrer des règles à l’ensemble des activités de la course afin que chacune devienne naturellement durable. En faire un sujet à part a permis au développement durable d’être mis en lumière, mais il est maintenant temps de l’intégrer à chaque secteur.


Nous aurons également une annexe qui couvrira plusieurs domaines tels que le branding. Aussi, quiconque voudra mettre des drapeaux ou des autocollants sur ses bateaux par l'intermédiaire de partenaires, devra se conformer aux règles afin d'utiliser les meilleurs produits possibles et de contribuer à l'économie circulaire.

Nous y mettons beaucoup de motivation. Nombreux sont les skippers, notamment dans les Classes Mini et Class40, qui sont très favorables à cette démarche durable. Beaucoup d'entre eux font des efforts depuis des années sans en parler. La durabilité dans la voile n'est pas chose nouvelle, mais elle s’est fortement développée au cours des deux dernières années. C’est devenu un questionnement quotidien pour les parties prenantes, et jusqu’à présent, nous n'avons reçu aucun commentaire et avis négatifs. Nous organisons des réunions mensuelles avec la classe et les concurrents potentiels pour les tenir informés. C'est ambitieux pour le moment, mais nous espérons pouvoir faire évoluer les règles de la Class40 en réussissant à prouver que The Race Around est un concept.


Nous allons vraiment essayer de pousser le développement durable au maximum dans tous les domaines, afin qu'il y ait le moins de déchets possible, que nous utilisions des produits durables dans l’ensemble des domaines et que nous soyons aussi autonomes que possible en termes d’énergie.


Il y aura, bien sûr, beaucoup d'autres choses à venir. Pour l'instant, il s'agit de poser les bases. Le travail avec les équipes, les villes et les partenaires est vraiment essentiel pour pouvoir avancer vers la prochaine phase.



L'ANALYSE DU CYCLE DE VIE (ACV), CLÉ DU PROGRÈS


Dans le cadre de nos projets de développement durable, comprenant la construction d’un Class40 entièrement fabriqué en matériaux recyclables d’ici la course de 2023 ou de 2027, nous utilisons un outil d’analyse de cycle de vie nous permettant d’évaluer l’impact de nos activités.


Pour l'instant, nous sommes en train de continuer de développer et améliorer cet outil, afin qu’à plus long terme, chacun puisse l’utiliser dans la conception d’un bateau et ait la possibilité de sélectionner les différentes options de matériaux alternatifs aux matériaux traditionnels qu'ils auraient pu utiliser.


L’outil sera en mesure de présenter un panel de matériaux plus écologiques que le carbone par exemple, mais aussi les avantages techniques qu'ils pourraient utiliser sur certaines parties du bateau. Il sera ainsi utilisé par les différentes classes de course au large, par les architectes et les entreprises de construction pour assurer une conception écologique des bateaux.


Traditionnellement, les outils d’analyse de cycle de vie permettent de rentrer ses données, puis il effectue les calculs pour fournir un tas d’informations telles que “vous produisez 500 tonnes de dioxyde de carbone” et c’est ensuite à vous d’interpréter ces chiffres. Aussi, cela vous donne seulement une idée de votre consommation, mais cela ne vous donne aucune indication pour améliorer vos façons de faire.


Avec The Race Around, nous utiliserons un outil dans lequel il sera possible de rentrer toutes les données et qui effectuera automatiquement les calculs. Comme d'autres outils d'ACV, il couvrira l'ensemble du cycle, de la construction du bateau, c’est-à-dire tout ce qui concerne les fibres utilisées et l'origine de ces dernières, jusqu'à la phase d'utilisation, c'est-à-dire toutes les réparations lorsqu’une avarie survient. Enfin, il guidera la réflexion sur la fin de vie du bateau : Que faites-vous de votre bateau après son utilisation ? Pouvez-vous le recycler ? Si oui, dans quelle mesure ? Le mettez-vous en décharge ? L'incinérerez-vous ?


Nous développons actuellement ce produit, en collaboration avec des spécialistes et des organisations, dans le cadre d’un partenariat qui sera prochainement annoncé. Aussi, The Race Around et les collaborateurs commenceront rapidement à utiliser cet outil pour le mettre au point avant de le rendre accessible au plus grand nombre. Notre but est de pouvoir offrir l’outil à la Class40 afin que chaque équipe et constructeur puisse en bénéficier et voir ce qu’ils peuvent changer et réduire pour devenir plus durable.


Pour l'instant, il s'agira d'un outil spécifique à l’industrie de la course au large, mais à plus long terme, il pourrait être partagé à d’autres secteurs comparables, tels que l’industrie navale ou éolienne. En effet, les éoliennes offshore subissent des conditions similaires aux bateaux - eau, vent, soleil, sel - endommageant les matériaux composites. Les matériaux utilisés pour la construction d'éoliennes pourraient ainsi être similaires à ceux utilisés dans l’industrie navale.

C'est un sujet très intéressant !


LE TRAVAIL D'UNE GÉNÉRATION PORTE SES FRUITS


Ne vous méprenez pas, travailler dans ce domaine peut être difficile. La vie ressemble souvent à un jonglage, à un flou. Mais j’adore ce sujet. Il me passionne depuis mes 14 ans et je ne veux rien de plus que de créer une étude de cas authentique et vivante pour The Race Around.


Quand j'étais petite, j’ai réalisé que ce sujet prenait de l’importance. J'ai grandi dans une ferme, donc j’ai pu voir tous les processus de la vie, appréhendé tous les différents problèmes auxquels il est possible d’être confronté et j'ai appris à aimer la nature, sans doute plus que la plupart des gens, à tel point que j'ai toujours su ce que je voulais et maintenant, 13 ans plus tard, je vois vraiment comment cela peut fonctionner au sein de l’industrie.


Je suis vraiment passionnée par le fait de créer pour aider quelque chose que j’affectionne. Aussi, je travaille pour que la voile devienne plus durable. C'est très enrichissant de voir que le développement durable prend de plus en plus de place, même s’il est vrai que c’est un peu frustrant que cela ait pris autant de temps et que nous ne commencions à y penser que parce que c'est devenu une préoccupation d’ordre mondiale. J’espère vraiment que ce n'est pas un sujet à la mode et que nous poursuivrons nos efforts dans ce sens et que les entreprises aussi suivront cette démarche.


Nous sommes très motivés pour que The Race Around soit exemplaire dans ce domaine. C'est génial de faire partie d’une équipe aussi authentique, tant sur le plan de la durabilité que sur un plan plus général. Nous sommes jeunes dans l’âme, très ouverts et surtout tournés vers l'avenir. Nous sommes prêts à essayer des choses et à faire des erreurs. Nous savons que nous ne serons pas parfaits tout le temps. Nous voulons établir une normalité, sans être moralisateurs et donneurs de leçons. Nous continuerons d’honnêtes, transparents et sincères afin que nous puissions tous aller de l’avant, sans compliquer les choses, dans un domaine qui peut, parfois, être déjà assez compliqué !

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