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  • Emmanuel Versace

Top 10 du Vendee Globe: trois skippers class40 donnent leur avis

Aurélien Ducroz : "On ne part pas dans le Sud comme sur une Solitaire" Quelle édition passionnante jusqu’à l’arrivée ! Les conditions météo vraiment particulières de cette année y sont tout de même pour beaucoup. Maintenant il y a cette polémique sur les nouveaux foilers mais dans le top 3, il n'y a que des foilers. On peut être pour ou contre, mais le foil reste, selon moi, l’avenir de la classe Imoca. Sur les derniers, ils ont peut-être trop misé sur la vitesse des bateaux et moins sur le confort qui était inacceptable sur certains dans le Sud. Sur la victoire de Yannick Bestaven, je ne suis pas très objectif parce que c’était mon co-skipper en 2015 sur la transat Jacques-Vabre mais je suis super content pour lui. Depuis le début, il a mis le curseur où il fallait le mettre. Il a fait cavalier seul dans le Sud. Il naviguait de manière sereine et plus rapide que les autres. Il était sur un bateau fiabilisé, ce qui n’était pas le cas des autres derniers foilers. Il aussi était super costaud mentalement au large de Rio où il avait 500 milles d’avance mais collé à l’eau pendant que les autres le rattrapaient. Je suis super fier de lui parce qu’il a navigué comme il sait naviguer : fort et rapide. J’ai pu discuter avec sur le Live du Vendée Globe après qu’il ait passé le Cap Horn. Juste après l’épisode de Kevin, il m’a dit qu’il avait navigué « comme un sanglier ». Ça me rappelait la Jacques-Vabre où on a eu de grosses conditions et où il a super bien navigué.


Je suis très admiratif de Thomas Ruyant qui en a bavé avec des problèmes assez tôt dans la course. Il s’est battu jusqu’au bout pour arriver 4e sur la ligne d’arrivée. Maxime Sorel a fait une très très belle course en arrivant 10e. Sa mission était de ramener aux Sables un bateau qui n'avait jamais réussi à faire le tour et il l’a fait d’une superbe manière malgré ses soucis. Son histoire est vraiment belle. Il y a aussi Damien Seguin qui a prouvé une nouvelle fois qu’il était un très grand marin : 7e du Vendée, vainqueur du Tour de France à la voile, médaillé paralympique, Class40… ce type est exceptionnel. Armel Tripon a grillé sa cartouche le 2e jour mais je retiens sa manière de naviguer. Il a vraiment pris du plaisir sur ce Vendée. Je pense que naviguer sur un bateau comme L’Occitanie en Provence, plus confortable, vivable, a certainement beaucoup contribué à ce qu’il ait été plus serein dans le gros temps et dans le Sud. Sportivement finir 11e était en-dessous de ses objectifs mais il a prouvé que son bateau était dans le juste. On ne part pas dans le Sud comme sur une Solitaire, je pense que c’est l’un des grands enseignement de cette édition. On nous a laissé croire que la vitesse décidait de tout mais un tour du monde par les 3 caps reste une méga aventure avant tout. Morgane Ursault-Poupon : "triste pour Sam Davies et Isabelle Joshke parce qu’elles avaient clairement le niveau de faire un top 10" Ces premières arrivées nous ont vraiment tenu en haleine. Les deux dernières semaines jusqu’à l’approche du 6e, le suspense a été au rendez-vous. Entre les calculs des bonifications, le crash de Boris… Tout pouvait encore arriver jusqu’à la ligne d’arrivée. Je retiens l’intensité de cette première vague d’arrivée, la disparité et la différence entre les foilers et les dérives droites. Les trois premiers à dérives droites, Damien Seguin, Jean Le Cam et Benjamin Dutreux ont été impressionnants et ont prouvé leur qualité de marin pour rester au contact de bateaux plus récents que les leurs. Jean Le Cam a redonné espoirs aux petits projets, plus modestes. La voile est un sport mécanique qui demande une énergie énorme pour trouver un budget. Même avec toutes ses années d’expérience, Jean a eu du mal à boucler le sien. Anne, son épouse, a révélé qu’elle se réveillait la nuit en pensant à ça. Toute son équipe est restée soudée et y a cru jusqu’au bout. Quand certains peuvent se concentrer sur la performance du bateau, d’autres, comme Jean, sont sur tous les fronts. Avant le départ, le Top 6 se disputait entre Charal, Hugo Boss, L’Occitanie en Provence, Initiatives Coeur, Apivia, LinkedOUT. Finalement, le classement a été complètement chamboulé.

Il y a forcément des enseignements à tirer de ce classement des premiers. Comme Jean l’a dit, il vaut mieux des 4x4 des mers que des F1 pour faire le Vendée Globe. Les choix des architectes, des carènes et des foils des dernières générations vont être remis en question.. On a vu que des bateaux comme Maître CoQ ou Bureau Vallée 2 pouvaient être poussés plus loin que les derniers foilers. On a vu aussi que sur une course comme le Vendée Globe, l’expérience, la capacité de résoudre des problèmes techniques seul et l’adaptation du marin jouent énormément sur le résultat final. Pour Louis Burton ce fut black-out électrique aux Açores, réparation en tête de mât à Macquarie. Pour Jean et Maxime Sorel, c’était de vivre avec un bateau qui risquait de casser à tout moment. Chacun a eu son lot de réparations, de strates, et autres problèmes qu’il a fallu résoudre seul. Ce top 10 est représentatif d’un large éventail de marins de qualité qui se sont exprimés différemment et qui ont aussi à profiter de l’absence des grands favoris comme Charal et Hugo Boss pour se faire une place. Je suis triste pour Sam Davies et Isabelle Joshke parce qu’elles avaient clairement le niveau et la capacité de s’y trouver. Clarisse Crémer (ndlr : l’entretien a été fait mercredi) n’est plus très loin et comme Pip Hare, Miranda Merron et Alexia Barrier, elles font preuve de beaucoup de force mentale notamment parce qu’elles naviguent sur des bateaux plus vieux et très durs à manoeuvrer, plus exposés aux vagues. Elles prouvent qu’elles ont beaucoup de talent. Maintenant que les premiers sont arrivés, c’est très important de ne pas oublier ceux et celles qui sont encore en course, même si c’est propre à toutes les courses de le faire ! On voit bien que l’énergie et l’engagement chutent. Il n’y a plus de Live mais il faut continuer à les soutenir! Valentin Gautier : "Pas vraiment à polémiquer" « Les bonifications, qui ont été accordées à Jean Le Cam, Yannick Bestaven et Boris Herrman, ont mis pas mal de bazar dans cette arrivée ! En 48h, tout était encore possible. Yoann Richomme s’excitait à envoyer des projections de trajectoire toutes les 3 heures, c’était très intense ! Sur les réseaux sociaux, le grand public s’est beaucoup interrogé. Ce qui est compréhensible parce que justement ça peut paraître incompréhensible vu de l’extérieur. Pour les marins habitués à la régate, il n’y avait pas beaucoup d’interrogation. Il arrive souvent que des réparations changent le podium à la fin. Finalement, les bonifications sont allées dans le bon sens à la fin même si elles ont eu beaucoup de poids sur le résultat final. Pour Yannick Bestaven, son retard pour porter secours à Kevin Escoffier (PRB) lui a fait manquer un système météo dans le Sud qui aurait potentiellement pu - vu comme il a bombardé - lui permettre de vraiment faire le break. Ensuite, au large du Brésil, ces 10h lui ont valu très cher. Finalement, c’est juste qu’il en profite. Pour Jean et Boris, les 16h et 10h de bonification ne leur auraient pas forcément permis de gagner beaucoup plus vu leur allure qui était moins soutenue que celle de Yannick. Il n’y a pas vraiment eu à polémiquer et c’est bien comme ça. La mésaventure de Boris Herrman (abordage avec un bateau de pêche) à quelques heures de l’arrivée fait partie de la course. Ça me rappelle un peu celle d’Alex Thomson à la dernière Route du Rhum qui s’est échoué à la côte. Mais c’est beaucoup plus impressionnant à la fin d’une course aussi longue que le Vendée Globe. Après il a fait une course très propre et il manque de peu le podium.

Dans cette dernière brochette de ce premier top 10, on retrouve 4 Imoca à dérives droites. C’est une super nouvelle. Dans cette édition, on a vu beaucoup de projets à moindre budget qui sont parvenus à faire de très belles choses.


On a vu aussi que les Imoca sont des bateaux beaucoup plus longs à fiabiliser que des Class40. Ce sont des bateaux beaucoup plus complexes pour lesquels il faut presque deux générations pour trouver leur potentiel maximum. Pour les Class40, même si ce sont des écosystèmes très différents, il faut beaucoup moins de temps pour les optimiser. En une année, deux autres versions de notre Mach4 sont déjà sortis plus optimisés. C’est dû au fait, qu’on n’a pas de quille basculante, pas de foils, pas de dérives, moins de voile et de l’électronique moins complexe. Notre Banque du Léman est un plan Manuard et on a regardé de près la course d’Armel Tripon qui navigue aussi sur un plan Manuard. On a vu que même s’il a eu un pépin en début de course, c’est un bateau qui est bien né. Parce que le Vendée Globe ne s’arrête pas avec les premiers, parmi ceux et celles qui sont encore en course, Clarisse Crémer (Banque Populaire) qui, comme moi, a fait la Mini Transat 2017, a fait une très belle course (ndlr : l’entretien a été fait mercredi). Alan Roura (La Fabrique) s’accroche à son groupe avec La Mie Câline, Time for Oceans et DMG MORI. On espère qu’il va bien terminer la course. On regarde aussi Sam Davies, qui est hors course, mais qui navigue très bien."

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